La Masterclass
A long corridor of identical dark green doors, one open with warm golden light and a person standing in the doorway

par Roman Balzan

Chief Marketing and Brand Officer chez Alpian

Roman Balzan, Chief Marketing and Brand Officer at Alpian

Les produits convergent. Un point de vue, non.

Par Roman Balzan, Chief Marketing and Brand Officer, Alpian

Dernière vérification : septembre 2026

L’essentiel

  • Les offres bancaires suisses deviennent comparables. Un compte, une carte et un portefeuille d’ETF peuvent être construits en un an par n’importe quelle équipe bien financée : les fonctionnalités ne sont plus ce qui distingue les banques.
  • La différenciation s’est déplacée vers la façon dont une banque est organisée : autour de l’objectif du client, ou autour de son catalogue de produits. Un catalogue se copie. Un point de vue tenu pendant des années, non.
  • À mesure que l’IA rend le savoir bon marché, le travail humain passe du volume au poids : l’exception, le contexte non dit, le moment où quelqu’un doit dire que la machine se trompe. C’est là que les banques se distingueront désormais.
  • La prochaine porte d’entrée d’une banque est une réponse d’IA. Des années de contenus cohérents et crédibles décident désormais de qui figure sur la liste restreinte.

En juillet, j’ai écrit ici sur l’IA dans la banque et sur la question que notre secteur n’a toujours pas tranchée : qui répond lorsque la machine se trompe face à un client ? Ce texte s’appuyait sur l’étude Digital Advantage d’Information Factory et finews.ch, qui a évalué 23 banques suisses. La même étude contient un constat plus discret qui me semble tout aussi important. Les offres bancaires suisses deviennent comparables.

Quiconque a ouvert quelques applications bancaires récemment sait que c’est vrai. Un compte, une carte, un portefeuille d’ETF, une ouverture de compte fluide : il y a quelques années, cela distinguait encore les banques. Aujourd’hui, c’est le minimum attendu. Quand les produits se ressemblent, un client se pose naturellement la question que chaque banque devrait se poser : pourquoi choisir l’une plutôt que l’autre ?

Le catalogue n’est pas un rempart

La réponse instinctive de notre secteur, ce sont davantage de fonctionnalités. Mais les fonctionnalités se copient plus vite qu’elles ne se lancent. La différenciation a quitté le produit pour se loger dans la manière dont une banque est organisée.

On peut organiser une banque autour de son catalogue, où chaque conversation avec un client mène finalement à un produit en rayon. Ou on peut l’organiser autour de l’objectif du client : la question devient alors ce que cette personne cherche à construire, et les produits ne sont que des moyens. Alpian a choisi la seconde voie : la banque au quotidien, l’investissement et la prévoyance au même endroit, avec un conseiller qui voit l’ensemble du tableau. Un catalogue se copie en un an. Un point de vue clair sur ce que le client cherche à accomplir, tenu avec constance pendant des années, est bien plus difficile à copier.

La difficulté s’est déplacée

L’étude est aussi honnête sur l’ouverture de compte : dans la banque suisse, elle est devenue rapide. Ouvrir un compte n’est plus le plus difficile. Le plus difficile, c’est la distance entre un compte ouvert et une relation réellement vivante.

L’acquisition est visible et facile à célébrer. L’activation est plus lente et plus discrète. Elle se joue dans la première vraie question à laquelle on répond bien, le premier investissement qui semble compris plutôt que vendu, le premier marché baissier accueilli par une personne plutôt que par une notification. Cette année, nous avons déplacé des ressources importantes de l’acquisition vers précisément cette étape, parce qu’une banque qui gagne l’inscription et perd la relation n’a fait que louer un client. Et ces moments annoncent quelque chose de plus grand.

Là où se joue désormais la différence

Si les produits convergent, sur quoi peut-on encore se distinguer ? Ma réponse : sur les moments où une personne porte le poids. L’IA rend le savoir bon marché, donc la valeur se déplace vers la décision, vers le fait d’en répondre, et vers la capacité à poser la bonne question. Les humains deviennent plus importants partout où une erreur porte un nom, ou partout où la réponse dépend de quelque chose qui ne figure pas dans les données. Trois situations le rendent concret.

L’exception. Les modèles sont conçus pour le client médian. Pensez à la veuve qui hérite d’un portefeuille qu’elle n’a jamais géré, au client manifestement victime d’une arnaque qui insiste pour dire que le virement est en ordre, ou à l’entrepreneuse dont les revenus ressemblent à un chaos sur le papier. L’automatisation gère le schéma ; c’est dans l’exception qu’une banque montre ce qu’elle est vraiment. Et les exceptions ne diminuent pas à mesure que l’automatisation progresse. Elles deviennent le métier.

Ce que le client ne dit pas. Un conseiller entend la pause avant le « tout va bien, vraiment », perçoit la question derrière la question, se souvient que la fille entre à l’université l’an prochain. Les données contiennent ce qui a été enregistré. Une personne détient le contexte autour.

Savoir quand la machine se trompe. Cela prend de la valeur chaque fois que la machine s’améliore. Quand le résultat est presque toujours juste, repérer la seule erreur devient rare, et cela exige un jugement forgé par l’expérience. Celui qui vérifie devient la personne la plus rare de la maison.

Le schéma sous-jacent : le travail humain passe du volume au poids. Moins d’heures à produire, et davantage de ce qui reste consacré à des moments qui décident de quelque chose. C’est aussi la réponse honnête au débat sur l’emploi. Le travail ne disparaît pas. Il se concentre, et chaque moment humain restant pèse davantage. Un concurrent peut copier votre application. Il ne peut pas copier la qualité de ces moments.

La confiance peut voyager

L’étude a également constaté que l’intégration dans des écosystèmes reste sous-exploitée dans la banque suisse. Pour une jeune banque, les partenariats sont une crédibilité prêtée par quelqu’un qui détient déjà la confiance du client. Lorsque Swisscard a choisi Alpian comme partenaire bancaire pour les titulaires de cartes American Express, elle nous a prêté quelque chose de bien plus difficile à construire que la portée.

Nous en avons appris une version plus profonde lorsque radicant a cessé ses activités et que ses clients sont venus chez Alpian. La confiance gagnée ailleurs peut devenir une confiance héritée, mais seulement si la banque qui accueille ces clients les traite comme des personnes et non comme un jeu de données migré. Une confiance héritée s’honore dans les premières interactions, ou elle disparaît.

La nouvelle porte d’entrée

La prochaine génération ne découvrira pas sa banque dans une agence, et de moins en moins sur une page de résultats de recherche. Elle interrogera une IA. « Quelle banque suisse choisir pour commencer à investir ? » obtient désormais une réponse, pas une liste de liens. Une banque absente de cette réponse est absente des options envisagées.

Un modèle de langage décrit une banque à partir de ce que le monde a écrit sur elle : ses propres publications, la presse, les comparateurs, les avis, des années de contexte accumulé. On ne peut pas acheter sa place dans cette réponse. On la gagne lentement, grâce à des contenus cohérents, crédibles et réellement utiles. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous publions librement des contenus d’éducation financière en quatre langues, et pour lesquelles nous mesurons désormais comment les grands modèles d’IA décrivent Alpian : ce qu’ils disent, sur quelles sources ils s’appuient, où nous sommes absents. Pour une banque de notre taille, ce n’est pas un projet annexe. C’est la porte d’entrée.

La marque comme infrastructure

Sur un marché de produits comparables, la marque est le seul actif qu’un concurrent ne peut pas bâtir en un an. Nous avons démarré comme la première banque privée digitale de Suisse, une promesse d’accès. Notre campagne de lancement, No Two Alike, mettait en scène de vrais jumeaux identiques pour faire passer une idée : si des jumeaux peuvent mener des vies financières complètement différentes, personne ne devrait recevoir une banque standardisée. Elle a remporté un German Brand Award en 2023. Aujourd’hui, notre philosophie est Banking. Upgraded. : préserver ce que la banque suisse fait bien, sa sécurité et ses standards, et rendre l’expérience mesurablement meilleure. Chaque produit, chaque fonctionnalité et chaque message doit passer une question : est-ce un upgrade ? Sinon, nous ne le lançons pas, et nous ne le disons pas.

Le plus grand risque pour une marque challenger n’est pas un concurrent. C’est la dérive. Au début de cette année, nous nous sommes surpris à parler comme les acteurs établis que nous avions été créés pour challenger. Nous sommes donc revenus à une seule voix, une bible de communication et des règles claires pour chaque canal et les trois langues nationales. C’est à nouveau la question humaine, sous une autre forme. Quand les contenus deviennent infinis, quelqu’un doit décider de ce qui est assez bon pour porter le nom de la banque. L’IA vérifie chaque contenu par rapport à nos standards, à une vitesse qu’une équipe de notre taille ne pourrait jamais atteindre à la main. Une personne décide toujours, et une personne signe toujours.

La richesse au-delà de l’argent, toujours

Notre idée fondatrice était que la richesse va au-delà de l’argent : elle réside dans la liberté, le sens et l’appartenance. C’est la dernière raison, et peut-être la plus profonde, pour laquelle les humains comptent davantage, et non moins. Une machine optimise l’objectif qu’on lui donne. Elle ne peut pas vous dire si cet objectif est le bon. Prendre sa retraite à 60 ans, acheter la maison, financer un congé sabbatique, laisser quelque chose derrière soi : décider à quoi sert la richesse est un travail humain, et un portefeuille optimisé qui vise la mauvaise vie reste un échec.

C’est pourquoi nous investissons dans l’éducation financière et dans des communautés comme SheWealth avant de chercher à faire affaire, et pourquoi le conseil en patrimoine chez Alpian commence dès CHF 2 000, avec un vrai conseiller pour chaque client. Nous ne sommes pas là pour servir les riches. Nous sommes là pour faire grandir les ambitieux.

Quand les produits convergent et que les contenus deviennent infinis, la confiance devient la ressource rare, et ce sont les personnes qui la méritent. Une marque forte gagnait autrefois le rayon. Aujourd’hui, elle gagne la réponse, et elle accompagne le client dans les moments qu’aucune machine ne devrait porter seule.


Sources : Information Factory x finews.ch, "Digital Advantage: NextGen Operating Models" (2026).

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À propos de l'auteur

Roman Balzan

Roman est Chief Marketing and Brand Officer chez Alpian, la première banque digitale premium de Suisse agréée par la FINMA, aux services de banque privée, où il dirige aussi le programme d’adoption de l’IA à l’échelle de l’entreprise.

Titulaire d’un Master en économie de l’Université de Saint-Gall HSG, il a construit sa carrière entre entrepreneuriat et direction de marque : cofondateur de Suxedoo.ch, Programs Lead pour le marketing de la marque employeur chez Google en EMEA, puis lancement du premier marché européen de Lime, la Suisse, avant de diriger le marketing et la marque de Lime en EMEA. Il a un jour parcouru 2 300 km sur le Chemin de Saint-Jacques avec son chien Nelson, de Saint-Gall à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Il signe le volet IA de l’éditorial hebdomadaire d’Alpian, sur le visage humain de l’IA dans la banque.

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